POETES DE L'AMITIE - POETES SANS FRONTIERES

POETES DE L'AMITIE - POETES SANS FRONTIERES

Prix poétique ville de Dijon 2018 : lauréate Charlotte Dubost

Dans le cadre du 20ième printemps des poètes, le 17 mars 2018 sera remis le prix poétique 2018 de la ville de Dijon à Charlotte Dubost pour son ouvrage "Viva citée".

à la médiathèque Champollion de Dijon à 15H. 

Un poème de l'artiste Charlotte Dubost en partage : 

Aux oubliés

 

Le givre a endurci les traits du quotidien

La bise fouette ton visage, enserre ton corps raidi

Alors tu hâtes le pas, scandant le même refrain

Qu’on maugrée dans les rues: il fait froid aujourd’hui !

 

Si ton pas se fait vif, c’est qu’il mène quelque part

Que tu as un refuge où fuir l’étreinte du vent

Dont les assauts furieux se brisent sur les remparts

Derrière lesquels, chaque soir, une douce chaleur t’attend

 

Le réconfort des braises pour raviver ton cœur

Le crépitement joyeux d’une bûche qui rougeoie

Ce foyer qui t’accueille d’une paisible clameur

Dont le chant te murmure qu’on est si bien chez soi

 

L’épaisse nuit hivernale, d’un geste enveloppe les rues

De son manteau glacial, dérobant à ta vue

Les spectres du réel, ces éternels damnés

Qui derrière ta fenêtre continuent d’exister

 

Je n’ai nulle part ailleurs que ces pavés sans joie

C’est moi que tu bouscules et que ton œil évite

Je suis l’ombre qui se tait quand tu te plains du froid

Incapable de traduire la douleur qui m’habite

 

Moi qui ne tremble plus, broyé par cet étau

Mon horizon n’est plus qu’un dédale de souffrances

Où git mon corps brisé, martelé par l’écho

Du pas des gens pressés qui scelle ma sentence

 

Moi qui ne lutte plus, perdu dans la torpeur

Je me suis détourné il y a bien longtemps

Des débris de ma foi, expirant dans un cœur

Fissuré par le gel, rongé par l’isolement

 

Moi qui ne pleure plus, mes yeux se sont éteints

Mon bagne est sans issue, ma peine sans lendemain

Condamné sans motif à errer dans le gel

En rêvant de l’enfer et ses flammes éternelles

 

Moi, martyr des hivers, poignardé sans répit

Par ce froid qui m’enserre, menaçant chaque seconde

D’arracher à mon corps le souffle de la vie

Pour m’enfouir à jamais dans cette nuit profonde

 

 

Je ne trouve plus la force de questionner ce monde

Qui consomme et qui jette, qui mesure et qui trie

Condamné aux trottoirs que les ordures inondent

Je n’étais pas aux normes, on a jeté ma vie.

 

Toi qui refuses de voir ce que montre le jour

Tu sais bien qu’aucune fleur ne nait déjà fanée

Je fus comme toi enfant, ne cherchant que l’amour

Dans un monde bien trop grand pour être mon foyer

 

On t’a donné un toit, on m’a jeté dehors

Par ce mur qui se dresse entre nous tu ignores

Ce que c’est qu’avoir froid et souffrir dans le noir

Lorsque la solitude a remplacé l’espoir.

 

 

 

 

 



17/12/2017
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